
Tariq Ramadan venait de quitter l'autoroute de la modernité pour nous entraîner, mine de rien, sur le chemin cahoteux de l'intégrisme religieux
Avant toute chose, dans la vie, dit Tariq Ramadan, il faut ouvrir ses oreilles, fermer sa bouche et suspendre son jugement. Sachant cela, Tariq sera sans doute heureux d’apprendre que j’ai suivi ses conseils à la lettre vendredi dernier », remarque Nathalie Petrowski (La Presse/Canada). Et d’ajouter: « Oui, parfaitement. J’ai tendu l’oreille, fermé ma gueule et suspendu temporairement mon jugement dans l’amphithéâtre de l’Université de Montréal où plus de 500 fidèles, jeunes et moins jeunes, filles voilées ou tête nue, étaient venus entendre ce que cette rock star de la cause musulmane avait à dire. » Extraits de sa chronique:
« [...] Pour ma part, à force d’entendre que Tariq le terrible, l’islamiste le plus médiatisé de l’histoire moderne, petit-fils du fondateur des Frères musulmans, intellectuel vivant en Suisse, prof à Oxford et auteur de 27 livres, est aussi un intégriste écumant de bave, un fou de Dieu qui ne semble pas avoir d’objection à ce que les femmes impures se fassent lapider, j’ai décidé d’aller vérifier par moi-même si l’homme est à la hauteur de sa réputation.[...] Pendant les 30 premières minutes de son discours, où il a cité Baudelaire, Rimbaud et même Léo Ferré, j’étais d’accord avec tout ce qu’il disait. Cent pour cent d’accord.[...] Et puis, au détour d’une phrase sur les McDonald’s qui servent de la viande hallal aux abords de La Mecque, mon adhésion à ses propos s’est mise à ramollir, à hoqueter, à se poser des questions et à comprendre que Tariq Ramadan venait de quitter l’autoroute de la modernité pour nous entraîner, mine de rien, sur le chemin cahoteux de l’intégrisme religieux. Le point de bascule pour moi est arrivé avec la question du jeûne des musulmans pendant le ramadan, période où la nourriture n’est permise qu’après le coucher du soleil. Selon des statistiques, les musulmans consommeraient deux fois plus pendant cette période. Tariq s’en est offusqué. C’est quoi cette idée de se gaver dès que le jour est tombé? Sous-entendu: bande de goinfres!
Le ton a commencé à monter, lentement mais sûrement. Pourquoi faut-il prier cinq fois par jour? a-t-il demandé avant de mitrailler la réponse: «Parce que c’est un rite et un entraînement spirituel.» Sous-entendu: bande de paresseux!
Puis, haussant le volume de sa voix et adoptant un ton fiévreux, Tariq Ramadan s’est transformé en prédicateur sous mes yeux. Il a vanté les vertus de la pudeur vestimentaire pour mieux dénoncer la vulgarité des sociétés occidentales avec leur consommation à outrance et leur sexe à gogo.
On doit réformer la société dans laquelle on vit, a-t-il martelé avant d’exhorter ses auditeurs à ne jamais, jamais devenir des musulmans invisibles mais au contraire à s’assumer ouvertement avec leurs femmes voilées et leurs pauses prières à tout bout de champ.[...]«


